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Matthieu 7, v. 21-29 : « Le sage bâtit sa vie sur le roc »

Dimanche 1er juin 2008 - par François Clavairoly

Chers amis, frères et sœurs en Christ,

Mettre en pratique [1] la parole du Christ, c’est-à-dire tout ce qui vient d’être proclamé dans le fameux sermon sur la montagne, c’est cela se trouver « avisé », « sage », « intelligent », selon le mot de l’évangile.

Et cette œuvre de sagesse par excellence, est exactement l’aptitude à vivre sereinement le passage parfois douloureux qui va de l’écoute à l’action, de la parole entendue au geste réellement accompli, le passage du discours à l’engagement.

Comme si, pour le Christ, l’un allait avec l’autre en un mouvement incessant de ressourcement réciproque. Le retour à la parole et le geste qui fait sens, voici le secret de cette sagesse qu’il vous offre de vivre. Cette sagesse pratique, dont parlera Ricœur, évoque bien, à sa manière, ce double mouvement d’un ressourcement aux Ecritures et d’un engagement dans le monde.

Point de place, ici, à l’exaltation et à la vaine agitation d’un religieux qui se complait en lui-même et se justifie par ses œuvres ; point de place à l’extase ou au mysticisme qui s’échappe des contingences et du réel de la responsabilité humaine ; point de place au miracle qui fascine et paralyse l’esprit plus qu’il ne signifie -d’ailleurs Jésus en a réalisé si peu, et avec tant de réserves- ; point de place, de même, aux guérisons invraisemblables, aux apparitions ou aux prophéties tellement discutables et mensongères qui subjuguent le raisonnement plus qu’elles ne relèvent les malades, apaisent les souffrances ou aident à discerner ce qui compte dans le temps présent.

Tout cela, le Christ le critique vertement : « Seigneur, Seigneur, disent-ils pour se justifier : regarde, nous avons prophétisé en ton nom, guéri, chassé les démons en ton nom...Eloignez-vous de moi, leur répond-il, vous qui commettez le mal ! »

Et alors, alors ? ... alors, « bâtir la maison sur le roc » de cette parole, en revient à se trouver entièrement assuré et jamais déçu, parce que jamais illusionné, jamais trompé : ni par le religieux fallacieux qui brille et séduit ni par le cynisme qui durcit l’intelligence et la pétrifie. Bâtir la maison sur le roc, c’est donc recevoir cette sagesse, ce discernement que l’Esprit- Saint nous donne, un discernement ressourcé à l’eau vive de l’Evangile, et engagé dans le concret du monde.
-  Engagé par l’audace d’une parole qui console et pardonne. Une parole que nous faisons nôtre. Une parole qui console par exemple l’enfant qui pleure, ou bien qui pardonne celui qui nous a offensé.
-  Engagé par le courage d’un geste qui implique notre vie : une offrande, une cotisation qui coûte, une signature, une fidélité.
-  Engagé par un sourire, le nôtre, un sourire qui promet un avenir à celui qui le reçoit, et qui désarme, parfois, toute méchanceté.

Et voyez-vous, nos Eglises sont pleines d’hommes et de femmes qui ont cette sagesse là ! Qui vivent cette audace, ce courage, et ce sourire de l’âme.

Vous les rencontrerez facilement, aujourd’hui même si vous le désirez. Il suffira pour cela que vous tourniez votre visage à gauche et puis à droite, et que vous arrêtiez votre regard sur la personne que vous reconnaissez, et puis sur celle que vous ne connaissez pas, votre conjoint, votre voisin, car en vérité il s’agira, lorsque vous le regarderez dans les yeux, de votre frère ou votre sœur en Christ.

Le Christ vous a bâti une maison sur le roc de sa parole, et vous pouvez désormais habiter cette maison pour toujours : on l’appelle le royaume, le salut, l’éternité, peu importe. Et le chemin qui y conduit est la sagesse dont le Christ est le maître. Il y est réservé pour vous une place. Ce n’est donc pas le miracle que le Christ nous demande de réaliser, ni le pouvoir de chasser les vampires ou les démons qu’il nous offre : il existe des marabouts, des ngangas [2] et des sorciers de toutes sortes pour cela.

De même qu’il ne se laisse pas réduire à être une sorte de thérapeute excellent qui formerait des disciples prêts à calmer les douleurs de l’existence, atténuer les dépressions nerveuses ou apaiser les tourments de l’esprit : il existe heureusement des médecins et des psychiatres performants, efficaces et bienveillants, et dont c’est précisément la fonction dans notre société.

Non, ce que le sermon sur la montagne demande à ses auditeurs comme à chacun de nous, c’est beaucoup plus que de chasser les Belzébuth ! Beaucoup plus que de savoir prophétiser des catastrophes et lire l’avenir [3] : C’est de savoir dire pardon à son voisin, à son prochain.

C’est de savoir reconnaître son tort avant de lever la main ou d’élever la voix, et rester humble devant les autres.

C’est de savoir prier le notre père avec un minimum de discernement. C’est de voir la poutre dans son œil avant la paille dans celui du voisin.

C’est de chercher avec persévérance l’amour au lieu d’attiser la haine qui déchire nos cœurs souvent meurtris.

C’est de reconnaître enfin que nous sommes aimés comme nous sommes, et que rien ne sert de se monter du col pour acquérir une nouvelle identité, autre que celle qui est la nôtre, la seule qui vaille, celle de fils et de fille d’un même père qui nous aime.

Et puis, comble de la sagesse, c’est de consentir à tout ce que Dieu nous donne à vivre, non comme s’il s’agissait d’une concession misérable donnée avec mépris, mais bien d’une grâce incroyable que nous n’avons jamais fini de découvrir et d’apprécier.

C’est, pour finir, et avec Abraham, de vivre notre existence comme une véritable histoire, l’histoire d’une alliance perpétuelle que l’Eternel a conclue et qu’il partage avec nous [4].

Marchez sur le chemin de cette sagesse, dans l’alliance avec celui qui vous conduit,

Amen

[1] Mettre en pratique se traduit en grec par le verbe « poïein », terme qui a donné le mot de poésie. La mise en pratique de l’évangile ferait-elle donc des chrétiens des « poètes » engagés ?...

[2] Ministre du culte bwiti (Gabon) opérant des miracles et témoin de visions.

[3] Tout ce qui suit est contenu dans le sermon sur la montagne : Mt 5-7.

[4] Gn 17.


Article mis à jour le samedi 7 juin 2008.
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