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Les ministères dans l’Eglise. Approche protestante

Extraits du second cours d’Ecclésiologie donné par François Clavairoly à l’Université Catholique de Paris

Introduction

La Réforme, par l’élaboration progressive de ses textes normatifs (Confessions de foi, liturgies, disciplines et catéchismes) et par le travail d’interprétation des témoignages bibliques (Commentaires, sermons et documents de réflexion théologique), établit peu à peu, dans un climat politique difficile et dans un contexte religieux hostile, une lecture renouvelée du rapport de l’Eglise et des ministères. Les différentes affirmations qui vont apparaître à partir de cet effort commun et multiple de relecture, de même que la volonté de mise en oeuvre d’un nouveau type d’organisation ecclésiastique et ministérielle, vont constituer non pas seulement un nouveau mode de pratique mais aussi un corpus de textes pour une nouvelle doctrine des ministères. Comme sur d’autres sujets concernant l’apport de la Réforme au christianisme dans son ensemble, il est évidemment toujours possible de comprendre cette nouvelle orientation exclusivement sur le mode de la contestation et de la mise en question de la compréhension catholique romaine de l’Eglise et du ministère, et d’insister sur l’aspect réactif de cette orientation : cette vision, principalement issue de l’historiographie catholique a encore cours ici et là. Il est vrai, à cet égard, que la dimension polémique, de fait, n’est pas absente de ce processus de reformulation doctrinale, nul ne l’ignore. De même que la réponse de l’Eglise romaine, lors du concile de Trente, ne manquera pas de « réagir » avec vigueur, à son tour, à la réaction réformatrice. La situation qui prévaut en Europe est somme toute complexe, et les éléments proprement doctrinaux du débat se mêlant à d’autres considérations, engendrant d’autres questions, d’autres débats, il est encore difficile aujourd’hui, pour beaucoup, d’appréhender le « moment » de la Réforme autrement que comme le temps d’une contestation et d’un refus. Toutefois, au delà de l’aspect circonstanciel et polémique qui caractérise le contexte de surgissement de la Réforme, il est important de constater qu’il est enfin possible, comme la recherche historique [1], l’exégèse [2] et la théologie oecuménique [3] le font depuis quelques années déjà, de reprendre le dossier avec recul et d’en comprendre les éléments comme les termes de ce qu’on pourrait nommer un conflit d’interprétation dont les données sont non seulement anciennes, c’est à dire bien antérieures au XVIè siècle, mais aussi programmatiques des christianismes des origines. Il est important de considérer que sur ce sujet des ministères, le christianisme -dans ses différentes versions- est d’emblée, depuis Christ, le lieu d’une pluralité confessionnelle en débat permanent et non le huis clos d’un tribunal des interprétations.

1.Les données : Relecture christologique et nouvelles définitions ecclésiologiques.

Dès 1519, notamment lors de la dispute de Leipzig, Luther est amené à préciser sa doctrine de l’Eglise. Le professeur, se situant sur un autre registre interprétatif que celui développant l’idée d’une hiérarchie traditionnelle d’un corps sacerdotal, idée dont il ne trouve pas trace dans son étude des textes évangéliques -Il est professeur d’Ecritures saintes à l’université de Wittenberg- va formuler son appréciation dans un texte qui fera date, L’appel à la noblesse chrétienne de la nation allemande (1520), où il écrit ceci : « On a inventé que le pape, les évêques, les prêtres, les gens des monastères seraient appelés état ecclésiastique, les princes, les seigneurs, les artisans et les paysans l’état laïque, ce qui est certes une fine subtilité et une belle hypocrisie. Mais personne ne doit se laisser intimider par cette distinction, pour cette bonne raison que tous les chrétiens appartiennent vraiment à l’état ecclésiastique ; il n’existe entre eux aucune différence, si ce n’est celle de la fonction (...) car ce sont le baptême, l’Evangile et la foi qui seuls forment l’état ecclésiastique et le peuple chrétien. Ce que fait le pape ou l’évêque, l’onction, la tonsure, la consécration, le costume diffèrent de la tenue laïque, peuvent transformer un homme en cagot, ou en idole barbouillée d’huile, mais ils ne font pas le moins du monde un membre du sacerdoce ou un chrétien. En conséquence, nous sommes absolument tous consacrés prêtres par le baptême. » [4] Ainsi toute l’Eglise est associée à la prêtrise du Christ. Toutefois, si nous sommes tous un seul corps cela ne revient pas à dire que tous les membres du corps exercent les mêmes fonctions. Luther, fondé sur la lecture des textes et l’étude des épîtres pauliniennes, notamment 1 Co 12, précisera qu’il s’agit alors de savoir discerner différents dons (charisma) ou fonctions à l’intérieur de l’Eglise. Administrer la parole et les sacrements de Dieu est une tâche spécifique (Amt), un métier, tout comme celui de savetier, forgeron, paysan ou prince, qui sont chacun à leur façon au service les uns des autres et concourant au bien commun. Cette même année, Luther écrira dans son Traité de la captivité babylonienne de l’Eglise que le sacrement de l’ordre qui met à part les prêtres du commun des laïcs est invention récente et tyrannie. En arrière plan de cette lecture apparaît l’affirmation que c’est fondamentalement le baptême qui fait la prêtrise, le sacerdoce, et qui donne à tous les chrétiens égale dignité et égal pouvoir, dans ce sens où le sacerdoce est service, et en particulier ministère de la Parole (1 Co 4,1). Etre consacré prêtre par le baptême est à comprendre alors comme être en Christ et lui appartenir. Le chrétien ne se définit donc pas d’abord par son appartenance à une institution ou à une organisation, mais par son appartenance à Christ. Et l’Eglise qui est, comme le signalent quelques métaphores néo-testamentaires, communauté, corps, épouse, assemblée de ceux qui sont unis au Christ, est ce lieu où le Christ ne « donne » ni ne « distribue » quelque chose -un savoir, un bien, une doctrine- par le truchement de quelques-uns, mais où il se donne lui-même, où il devient notre vie et où ce qui est sien, il le fait nôtre : le cep nous fait sarment, le premier-né nous fait co-héritiers, le Fils unique nous fait entrer dans une relation filiale avec le Père. De même que, unique médiateur et seul grand-prêtre, il associe les chrétiens à son ministère et, comme l’écrit Luther : « nous tous qui croyons au Christ, nous sommes donc rois et prêtres en lui. » [5] Cette dimension première du sacerdoce universel des chrétiens énonce donc que le Christ qui rencontre le croyant dans la foi, l’associe pleinement à lui et à son sacerdoce. Cette affirmation christologique aura bien évidemment des conséquences au plan ecclésiologique, et notamment sur tout ce qui concerne la compréhension des ministères. Que signifie, en effet, être prêtre avec Christ, en Christ ? Que signifie le fait d’être associé à son sacerdoce ? Cela signifie « présenter Dieu au monde et le monde à Dieu, présenter Dieu au monde dans la Parole, le témoignage et le service, présenter le monde à Dieu dans la louange la plainte et l’intercession, mission commune à tous les chrétiens » [6]. Certes aucun chrétien ne peut assumer seul cette mission ni aucun chrétien totalement s’en décharger : chaque chrétien a besoin des autres, et, dans le discernement de l’Eglise, par l’oeuvre de l’Esprit Saint, les charismes, les dons et les talents de chacun doivent pouvoir se mettre au service de l’Evangile. Le sacerdoce universel implique de penser une réelle diversité des ministères par laquelle la mission commune à tous s’exerce au sein de l’Eglise et entre les Eglises elles-mêmes, dans différentes fonctions et différents services. La diversité des ministères va progressivement se déployer selon les deux lignes principales de la Réforme, luthérienne [7] d’une part, calvinienne d’autre part [8]. Et dans les deux cas, la figure ministérielle majeure sera celle du messager-inteprète des Ecritures, du prédicateur, du porte-parole, du pasteur. Cette orientation et cette réflexion amènent à redéfinir la notion de prêtre, tant pour ce qui est de son identité que pour ce qui est de sa fonction et pour ce qui ressortit à son mode de désignation. C’est bien la charge de prédication de l’Evangile (Cf. les définitions de l’Eglise de la C.A, par exemple.) qui définit dès lors le prêtre, pasteur de l’Eglise. Le changement de registre théologique ou le recadrage conceptuel qui est opéré par la Réforme [9] est le passage d’une compréhension du prêtre-sacrificateur offrant la messe et la prière des fidèles, pendant que ces derniers travaillent, à une compréhension du prêtre-prédicateur, porteur d’une Parole (sous la forme de la prédication et/ou de la célébration du sacrement) qu’il annonce et à laquelle, avec toute l’Eglise et chacun de ses membres, il se soumet.

2.Diversité des ministères. [10]

M. Bucer, parmi les premiers, établira les termes d’une diversité des ministères. Et le Réformateur de Strasbourg dont on connait l’influence sur le jeune Calvin et ce qu’il inaugurera à Genève quelques années plus tard, distinguera, selon ce qu’exposent les textes bibliques, quatre charges ou ministères publics dans l’Eglise : les docteurs (ou enseignants), les pasteurs, les gouvernateurs [11] (en charge de la discipline ecclésiastique) et les diacres [12]. (A Strasbourg, le Magistrat ayant récupéré de l’évêque le pouvoir d’excommunication et la responsabilité de l’hôpital, ni les anciens ni les diacres ne seront ministères d’Eglise). J. Calvin [13], reprenant à son compte et précisant cette conception des ministères, établira quatre ministères ou ordres : pasteurs, docteurs, anciens et diacres qu’il dira institués par le Seigneur, tout en admettant une certaine liberté d’adaptation des modèles de l’Eglise primitive aux temps et aux lieux présents : il sait, en effet, pour les avoir étudiés de près, que les documents néo-testamentaires témoignent d’une belle diversité -c’est le moins qu’on puisse dire- et que, des ministères dérivés du ministère fondamental de l’apôtre, les ministères permanents qui demeurent nécessaires et à égalité entre eux, même si le ministère de la Parole est le ministère par excellence comme le laissent entendre les Ordonnances ecclésiastiques, et comme le manifeste la liturgie de réception, devenue liturgie de consécration ou d’ordination [14], sont ceux de l’administration de la Parole (évêque, presbytre, pasteur ou ministre), du gouvernement de l’Eglise (presbytre ou ancien), et du soin des pauvres (diacre). Depuis lors, ce modèle genevois sera repris dans la plupart des Eglises réformées, y compris dans l’Eglise réformée de France dès 1559 (Confession de foi et discipline).

-  La relation entre le ministère particulier chargé de la proclamation de la Parole et de la célébration des sacrements, d’une part, et le sacerdoce commun de tous les chrétiens, d’autre part, est riche de complémentarité : il n’y a en effet aucune différence d’essence entre ces deux formes de ministères qui sont toutes les deux au service du monde et de l’Eglise. Mais elle est aussi riche d’une certaine forme d’altérité : le ministère particulier de la proclamation de la Parole et de la célébration des sacrements, qui comprend aussi le souci de direction, d’unité et et de communion, est exercé par celles et ceux qui s’y sont senti appelés (vocation interne), s’y sont formés et qui y ont été préparés, puis qui ont été appelés et reconnus par l’Eglise dans leur vocation spécifique (vocation externe).

-  On le soulignera ici, le ministère, y compris dans sa diversité, est nécessaire à l’Eglise [15]. Et c’est parce que sa fonction principale est la proclamation de la Parole et la célébration des sacrements. A ce titre, il fait partie de l’être de l’Eglise et de ses institutions premières (esse ecclesiae). Toutefois, la forme concrète de ce ministère et de son exercice fait partie de son bene esse et de son organisation, donnant lieu à diverses pratiques selon les temps et les lieux.

-  D’autre part, cette compréhension du ministère de la Parole, commune aux Eglises luthériennes, réformées et anglicanes et perçue comme élément essentiel de l’Eglise, insiste sur ce fait qu’il n’est pas une émanation de la communauté locale mais son vis-à-vis. Si le ministère est, concrètement, discerné et choisi par une communauté locale, en lien avec le discernement de l’autorité régionale et nationale, il est envoyé à la communauté locale par l’ensemble de l’Eglise et il exprime une altérité et une complémentarité dans l’exercice du service de l’Evangile, au sein de toute l’Eglise.

-  Enfin, le signe de l’ordination (appelé autrefois consécration ou plus récemment reconnaissance liturgique) rappelle que le service de l’Eglise requiert un certain ordre, une bonne articulation des charismes les uns aux autres, pour un service commun de l’Evangile. Ce signe fait droit, au plan liturgique, au fait que tout le monde dans l’Eglise ne fait pas tout et n’importe quoi, mais que certains peuvent et doivent être choisis pour et destiné à certaines responsabilités ou ministères selon ce que l’Esprit Saint donne de vivre. Il rappelle enfin, s’il en était besoin, le danger du risque d’une inversion individualiste au sein de l’Eglise, quand un mauvais usage du principe du sacerdoce universel qui majore l’individualisme religieux, fait croire que le chrétien peut se passer de ses frères et de ses soeurs, ou de l’Eglise elle-même, et que la foi est vécue exclusivement comme une sorte d’affaire privée et intime, sans aucune incidence sur la relation à l’autre et au monde. D. Bonhoeffer écrivait à ce sujet en 1932 un propos qui reste d’une belle actualité sociétale et « oecuménique » : « Le concept de sacerdoce universel est aujourd’hui individualisé. On entend par là le droit de l’individu de se tenir immédiatement devant Dieu, sans intermédiaire sacerdotal. En conséquence, le prêtre est superflu, ainsi que l’assemblée. Car la religiosité est une affaire personnelle qui regarde chacun individuellement. On connaît un culte rendu à Dieu sans prêtre et sans Eglise. Ainsi le concept du sacerdoce universel a été inversé jusqu’à devenir le contraire de ce qu’entendait Luther...Loin d’être superflu, le prêtre est extrêmement nécessaire. Il se tient devant Dieu pour tous les autres...Puisqu’une fonction si décisive incombe au sacerdoce, il ne peut être abandonné entre les mains d’un seul pour qu’il en dispose durablement. Cette fonction revient à la communauté, c’est à dire à tous...Chacun a besoin de l’autre en tant que prêtre. » [16] Ce que rappelle donc le théologien n’est rien d’autre ici que l’idée selon laquelle l’Evangile qui vient vers nous -non pas tombé du ciel mais à travers des médiations humaines, des mots, des rencontres, des textes, des célébrations, des ministères, etc.- est médiatisé non par le privilège d’une caste sacerdotale mais par le ministère commun de toute l’Eglise et la responsabilité partagée de chaque chrétien qui vit en pleine communion avec l’ensemble de la communauté des croyants.

3.Le ministère et l’épiscopat : consensus intra protestant.

Le ministère, et en particulier le ministère épiscopal ou ministère de l’épiscopè, sont considérés comme un lieu de discussions fécondes entre Eglises issues de la Réforme, luthériennes, réformées, anglicanes. En effet, même s’il est vrai que le texte fondant la communion luthéro-réformée, texte appelé Concorde de Leuenberg (1973), ne consacre pas de paragraphe particulier au ministère en tant que tel, la reconnaissance mutuelle des ordinations y est affirmée (CL33) et les différences de compréhension qui s’expriment dans les Eglises signataires n’ont jamais empêché la pleine communion entre elles. Dans les dialogues qui ont suivi Leuenberg, le texte issu de l’assemblée de Vienne (1994) l’Eglise de Jésus-Christ, en particulier, présente un accord sur le sujet.

C’est donc un large consensus entre ces trois confessions qui est établi :

-  1. « Nous croyons que tous les membres de l’Eglise sont appelés à participer à sa mission apostolique. Pour cela ils reçoivent du Saint Esprit des ministères divers. Ils sont appelés à s’offrir en « sacrifice vivant » et à intercéder pour l’Eglise et le salut du monde. Tel est le sacerdoce que partage tout le peuple de Dieu appelé au ministère et au service (1 P 2,5) » (Reuilly 31h, Porvoo 32i Meissen 15.8 ). Dans la logique réformatrice, ces trois déclarations parlent du sacerdoce commun avant d’évoquer toute forme de ministère particulier.

-  2.Luthériens et réformés s’accordent sur la nécessité de ministères ordonnés, de même que dans leur relation de pleine communion avec les anglicans : « Au sein de la communauté de l’Eglise le ministère ordonné existe pour être au service du ministère de l’ensemble du peuple de Dieu. Dans ce but, le ministère ordonné de la Parole et des sacrements est un don de Dieu à son Eglise et, par conséquent, peut-être décrit comme étant d’institution divine » (Reuilly 31h).

-  3. La nécessité d’un ministère d’épiscopè est reconnue par les trois tradition confessionnelles, même si dans certains milieux réformés ce terme est plus inhabituel. « Nous croyons qu’un ministère de vigilance pastorale -épiscopè- exercé de manière personnelle, collégiale et communautaire, à tous les échelons de la vie de l’Eglise, est nécessaire au témoignage et à la sauvegarde de l’unité et de l’apostolicité de l’Eglise » (Reuilly 31i, Meissen 15.9, Porvoo 32k).

-  4. Un accord existe aussi dans la compréhension de la succession apostolique. L’apostolicité de l’Eglise n’est pas comprise comme dépendant de la succession apostolique dans le ministère -fût-il épiscopal [17] - mais comme un don de Dieu à son Eglise et s’exprimant de diverses manières. « Nous nous accordons sur le fait que l’apostolicité appartient à toute l’Eglise. La succession apostolique est le retour constant au témoignage apostolique : c’est une expression de la permanence et par conséquent de la continuité de l’enseignement et de la mission du Christ à laquelle participent tous les baptisés. L’apostolicité de l’Eglise, en tant que fidélité au témoignage et à la mission apostoliques, se manifeste dans une successio fidelium (succession des croyants) à travers les âges. Dans le cadre de l’apostolicité de toute l’Eglise, il y a une succession apostolique dans le ministère, qui est au service et qui est un point de focalisation de la continuité de l’Eglise dans sa vie en Christ et dans sa fidélité aux paroles et aux actes de Jésus transmis par les apôtres. La ministère ordonné a la responsabilité particulière de témoigner de cette tradition apostolique et de la proclamer toujours à nouveau, avec autorité, à chaque génération » (Reuilly 36).

4.Conclusion :

Tout en affirmant que le ministère est fondamental pour que la Parole soit prêchée et les sacrements administrés, tout en reconnaissant, comme on vient de le voir dans le cadre du dialogue oecuménique, qu’il est institué par Dieu et en ce sens constitutif pour l’Eglise, l’approche protestante ne lui accorde cependant pas la même importance ecclésiologique que les approches catholique et orthodoxe. Second certes, mais non pas secondaire, le ministère n’est pas investi, comme le développe par exemple Lumen gentium, d’une charge spécifique liée à un « pouvoir sacré » permettant de former et conduire le peuple de Dieu, de célébrer le sacrifice eucharistique et, pour ce qui est du ministère épiscopal tel qu’il s’exprime en LG 21, de posséder la plénitude du sacrement de l’ordre, puisque là n’est pas sa fonction, selon la théologie protestante, ni sa légitimité, selon sa compréhension du témoignage apostolique. L’approche protestante, rappelant « le message de la libre grâce de Dieu comme principe structurant de toute vie d’Eglise et de toute affirmation ecclésiale », approche féconde dans le dialogue intra-protestant, et l’approche catholique comme celle des Eglises orientales, rappelant que « les formes ministérielles et les structures ecclésiales font partie de l’être même de l’Eglise » [18], témoignent d’une sorte de dissymétrie ecclésiologique empêchant pour le moment toute forme de reconnaissance réciproque.

[1] J. M. Valentin, Luther et la Réforme, Ed. Desjonquière, Paris, 2001.

[2] « L’institution ecclésiale et les ministères sont toujours à réformer. Il n’y a pas d’organisation « bibliquement inspirée » de l’Eglise et des ministères. Il y a nécessité de confronter aux Ecritures nos institutions et nos compréhensions du ministère... » Cf. E. Cuvillier, Bible et ministères, in Ministères, E.R.F, Paris, 2000.

[3] A. Birmelé, La communion ecclésiale, Cerf, Paris, 2000.

[4] MLO, Labor et Fides, Genève, 1966, vol. 2, p. 84 ss.

[5] Ibid, in Traité de la liberté chrétienne, p. 285.

[6] L. Schlumberger, in Ministères, op.cit., p 71.

[7] M.Luther puis Melanchton développeront la notion de ministère de la prédication, confirmée par le geste d’ordination et d’imposition des mains. L’Eglise, (et non l’évêque), avec l’appui de l’autorité civile, détient dans cette perspective, le droit de choisir et d’ordonner les ministres.

[8] Quelques villes d’empire, des cités suisses et puis Genève vont élaborer un modèle de diversité des ministères sensiblement différent.

[9] Cf. D.Olivier : Les deux visages du prêtre, Fayard, Paris, 1971.

[10] Cf. M. Carbonnier-Burckard, op.cit., p53, ss.

[11] Sur le modèle de l’Eglise Bâle où les anciens (presbuteroi) exerçaient ce ministère.

[12] Le ministère du diacre est en lien avec ce qui est décrit dans le livre des Actes (Service, entraide, secours).

[13] Cf. IRC, livre IV.

[14] Cf. Doc jointt : extrait de Liturgie de reconnaissance de ministère, ERF, 1988

[15] La période du Désert, en France, exception à la règle, a cependant vu l’Eglise se perpétuer en l’absence du ministère.

[16] D.Bonhoeffer, La nature de l’Eglise, Labor et Fides, Genève, 1971, p. 76.

[17] Le ministère épiscopal est expression de l’apostolicité, au service de la succession apostolique, mais n’en est pas le garant.

[18] Encyclopédie du protestantisme, Cerf, Labor et Fides, Paris/Genève, 1995, p.497.


Article mis à jour le mardi 24 mai 2011.
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